RENTE ET SECURITE ENERGETIQUE UN ARBITRAGE DIFFICILE MAIS NECESSAIRE

Rédaction (A.M)Il y a 4 heures
RENTE ET SECURITE ENERGETIQUE UN ARBITRAGE DIFFICILE MAIS NECESSAIRE

La présente contribution a été publiée en 2017 dans la revue de l’Association Nationale des Retraités de Sonatrach (ANRSH) par Mr. Abdelmadjid ATTAR, ancien PDG de Sonatrach, et elle est toujours d’actualité. 

Les Ressources naturelles et l’Environnement, et plus précisément l’énergie et l’eau, sont les deux ressources dont dépendra crucialement notre avenir très proche. L’énergie nous permet de disposer tous les jours de chaleur, de lumière, et de mobilité, sans lesquelles la vie s’arrêterait. Ses sources ont évolué dans le temps pour ne provenir que des hydrocarbures et du charbon essentiellement. Mais dans le cas de l’Algérie, elle est à 99% assurée par les hydrocarbures, ressources non renouvelables quelles que soient nos réserves. L’eau est encore plus importante et plus vitale non seulement pour la sécurité alimentaire, mais conditionne souvent la disponibilité de l’énergie tout en étant dépendante aussi. Cette ressource est cependant de plus en plus fragilisée du fait de sa surexploitation, son gaspillage, et sa pollution. La gestion, le mode d’exploitation et l’usage de ces deux ressources a souvent tendance à les mettre aussi en conflit entre elles et surtout avec l’environnement qui en pâtit de plus en plus. Toutes les variables qui les déterminent, permettent de nos jours de prévoir trois scénarios possibles (selon A.T. Kearney) :

  • Le scénario ‘’ Pénuries ’’ qui amènera le monde à se polariser en deux camps : Ceux qui ont directement accès aux ressources naturelles, ou qui ont les moyens de s’en procurer et ceux qui n’ont ni les ressources ni les moyens de s’en procurer.
  • Le scénario ‘’ Innovation salvatrice ‘’ que les pays industrialisés sont en train de mettre en œuvre à travers de nouveaux modèles de consommation énergétique basés sur les économies d’énergie et le développement de sources d’énergie renouvelables même si elles sont plus chères pour le moment, y compris dans le domaine du nucléaire et de l’hydroélectricité.
  • Le scénario ‘’ Croissance gourmande en énergie ‘’ du fait d’une forte croissance économique des pays en voie de développement et des pays industrialisés, et par conséquent d’une forte dépendance du pétrole, du gaz naturel, et du charbon, dont l’exploitation sera de plus en plus forte et déterminée par les pays riches.

Chacun de ces trois scénarios est plausible, au moins en partie. Il est donc clair aujourd’hui que le 21ème siècle correspond à l’avènement graduel d’une ère où la sécurité énergétique et alimentaire sera au cœur de toutes les mutations et stratégies en matière de développement.

 L’ALGERIE POSSEDE-T-ELLE LES RESSOURCES NECESSAIRES ?

Le secteur de l’Energie de par sa production en matières premières, ses recettes d’exportation, ses recettes fiscales, son approvisionnement en consommation énergétique intérieure, et certainement aussi son poids en matière de politique étrangère, est devenu depuis 1971 et demeure encore de nos jours, le secteur clef et la clef du développement économique du pays. L’Algérie n’est aujourd’hui ni un pays industrialisé ni un pays regorgeant de ces deux ressources naturelles. Ses réserves prouvées en hydrocarbures sont limitées. Les prévisions de découvertes futures demeurent du domaine spéculatif même dans le cas le plus optimiste. Elles ne doivent servir qu’à promouvoir et encourager l’activité de recherche et non la politique d’exploitation des ressources prouvées actuelles. L’état des réserves actuelles, leur répartition géographique, ainsi que le statut de leur exploitation, permettent de constater que :

  • Les réserves prouvées, probables et possibles en pétrole liquide sont d’environ 2,4 milliards de tonnes équivalent pétrole.
  • Les réserves prouvées, probables et possibles en gaz naturel conventionnel sont d’environ 3.500 milliards de mètre-cube.
  • Au-delà de ces réserves, il y a certainement encore des découvertes à faire à l’avenir, mais elles seront certainement aussi de plus en plus petites et de plus en plus difficiles à faire ou à exploiter pour des raisons financières et technologiques. Il est cependant certain que l’Algérie renferme aussi un important potentiel en gaz de schiste qui est évalué à 22.000 milliards de mètre-cube techniquement récupérables. Mais il s’agit là d’un potentiel qui pose de nombreux problèmes sur le plan financier, technologique, environnemental, et sociétal. D’où la nécessité de poursuivre les travaux de recherche et d’évaluation.
  • La majeure partie des réserves en hydrocarbures est renfermée dans les gisements de Hassi Messaoud et Hassi R’mel opérés par la Sonatrach seule.
  • La majeure partie des réserves en pétrole (51%) algérien est exploitée par la Sonatrach seule.
  • Seuls 49% sont en Association et la part de production qui revient aux Associés est en moyenne de 20 à 25% seulement de cette portion, le reste revenant à l’Etat sous forme de fiscalité.
  • La majeure partie des réserves en gaz, condensat et GPL (80%) est exploitée par la Sonatrach seule. Seuls 18 à 20% sont en association, avec un système de partage de production relativement identique au pétrole liquide.

Si on se base sur ce qui existe et ce qui pourrait exister en théorie : on pourrait effectivement dire qu’il n’y a aucun souci à se faire pour une longue période pour ce qui est des besoins énergétiques du pays, même au-delà de 2030 ou 2040, et même si les réserves en hydrocarbures ont été déjà soutirées du sous-sol, consommées ou exportées à plus de 50%. Mais dans ces conditions et au vu de l’évolution de ce taux, ainsi que des incertitudes du marché pétrolier, qu’en sera-t-il de la rente pétrolière qui provient de nos jours à 98% des recettes d’exportation, et ne couvre plus ne serait-ce que les importations ? Cela signifie qu’au cours des décennies à venir, l’Algérie sera amenée à arbitrer de plus en plus entre le besoin de rente et celui de sa consommation énergétique intérieure qui croit à raison de 8% en moyenne par an. Il y va donc de la sécurité énergétique qui est pratiquement au cœur de toutes les stratégies de développement à travers le monde entier.

 NECESSITE D’UNE DOUBLE TRANSITION ECONOMIQUE ET ENERGETIQUE.

L’Algérie a les ressources et les moyens d’éviter le ‘’ Scénario Pénuries ’’ pour peu qu’elle prenne les mesures pouvant déclencher le ‘’ Scénario Innovation salvatrice ‘’et réduire les effets du‘’ Scénario Croissance gourmande en énergie ‘’ qui la caractérise. La solution ne peut venir que d’une double transition économique et énergétique pour :

  • D’une part mettre en œuvre un arbitrage entre la rente pétrolière qu’il faut remplacer par des ressources financières alternatives, et la sécurité énergétique qui continuera à être assurée en majorité par les hydrocarbures sur plusieurs décennies (au moins jusqu’à 2050), mais aussi et nécessairement de plus en plus par des ressources énergétiques alternatives.
  • D’autre part se préparer à assurer sa sécurité énergétique à travers des stratégies destinées à renouveler les réserves en hydrocarbures et diversifier les sources d’énergie.
D’OU LA NECESSITE :
  •  D’accroitre les efforts d’exploration et poursuivre l’évaluation du potentiel en gaz non conventionnel qui est très important mais nécessite d’énormes investissements, des moyens technologiques et logistiques importants, et par conséquent un cadre réglementaire adéquat ainsi qu’une acceptation sociale qui ne peut être atteinte qu’à travers une communication transparente « parce qu’il n’y a pas de solution idéale ni de choix unique en matière de transition énergétique ».
  • D’assurer de façon transitoire la disponibilité et la prolongation de la durée d’exploitation des ressources non renouvelables à travers des politiques de conservation des ressources (hydrocarbures conventionnels ou non conventionnels) sur le long et très long terme.
  • D’accélérer l’introduction progressive de nouvelles sources d’énergie dites renouvelables.
  • De rationaliser la consommation énergétique intérieure.
  • Et enfin créer les conditions pour que ces deux transitions se fassent à travers la naissance de capacités nationales d’innovation, de production, de maintenance, et de services, créatrices d’emplois nouveaux et durables.
La scène énergétique mondiale est en train de changer, et changera de plus en plus rapidement :
  • A l’avantage de ceux qui consomment le plus d’énergie pour se développer et créer de nouvelles richesses, mais se préparent déjà à traverser une transition énergétique basée sur le contrôle des ressources, des échanges (marchés) et des voies de transit, la diversification des sources d’énergie, la réduction des consommations, et la maitrise des technologies en adéquation avec ces objectifs.
  • Au détriment de ceux qui ne font rien de tout ça, surtout quand ils disposent de ressources abondantes consacrées à assurer une rente et un confort éphémères.

Qui peut dire le contraire et où en est-on ?

Cette contribution a été publiée en 2017 sur la revue de l’Association Nationale des retraités de Sonatrach (ANRSH) dont fait partie l’auteur (Abdelmadjid ATTAR). Un autre collègue retraité vient de nous la rappeler au vu de ce qui se passe en ce moment sur la scène énergétique mondiale, mais aussi nationale. Il n’est certainement pas trop tard de choisir sa voie ?

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