La dernière réunion de l’OPEP+ s’est terminée avec un communiqué affichant clairement son engagement en faveur de la stabilité du marché pétrolier à travers une adaptation de son niveau de production à l’évolution de l’offre et la demande mondiale. Cela signifie que l’OPEP+ va continuer à suivre de près (mensuellement) les conditions du marché, et son niveau de production à travers des augmentations progressives, leur suspension, ou meme leur annulation si nécessaire.
C’est ainsi qu’au vu de la baisse des tensions au niveau du Moyen orient et d’une reprise de la demande elle a décidé d’augmenter collectivement de 188.000 barils par jour à compter du mois d’aout 2026, la production de sept pays appliquant des réductions volontaires : Arabie Saoudite, Russie, Irak, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman. Cette augmentation est sensée etre répartie en fonction des quotas de référence de chaque pays :
| REPARTITION PAR PAYS DE L’AUGMENTATION DE 188.000 BARILS / JOUR | |||||
| Pays | Quota Juillet 2026 | Augmentation accordée | Pays | Quota Juillet 2026 | Augmentation accordée |
| Arabie Saoudite | 9,47 MBJ | +52.000 BJ | Kazakhstan | 1,53 MBJ | +18.000 BJ |
| Russie | 9,24 MBJ | +52.000 BJ | Algérie | 0,93 MBJ | +8.000 BJ |
| Irak | 4,18 MBJ | +26.000 BJ | Oman | 0,78 MBJ | +8.000 BJ |
| Koweit | 2,45 MBJ | +14.000 BJ | |||
Il faut cependant rappeler deux détails importants :
– L’Irak « estime » que l’augmentation qui lui est accordée demeure insuffisante par rapport à ses capacités de productions et ses besoins en matière de budget d’investissement. Aussi demande-t-il la révision de son quota de référence, ou au moins un rattrapage par des augmentations mensuelles plus importantes
– Le Kazakhstan quant à lui bénéficie d’une augmentation supérieure à celle du Koweit alors qu’il a le plus dépassé ses quotas de production de façon récurrente ce qui a souvent entrainé son rappel à le compenser.
Ce consensus semble répondre à priori à une orientation vers une nouvelle stratégie de l’OPEP+ basée la défense de parts de marché meme si cela se traduit par un prix du baril autour de 70$, alors que dans le passé elle était basée sur la défense d’un prix entre 80 et 90$ convenant à la majorité des producteurs dont l’économie en dépend. Il s’agit en quelque sorte de « vendre actuellement et dorénavant plus et moins cher, plutôt que vendre moins et cher comme par le passé»
A notre avis l’OPEP ne pouvait pas mieux faire dans un contexte géopolitique et économique qui demeure sous pression par rapport :
- Aux tensions au niveau du Moyen Orient et plus précisément les pays producteurs du Golfe.
- A l’évolution de la demande asiatique, en particuliers celle de la Chine due à un ralentissement de l’activité industrielle, une consommation intérieure plus faible, la disponibilité d’un pétrole russe moins cher, et des stocks élevés.
- A une demande mondiale plus faible et des importations et une consommation européenne plus faibles.
- A l’avenir de la production du Venezuela.
Il faut aussi prendre en considération les tensions propres au sein de l’OPEP+, existantes ou pouvant découler des suites des négociations USA-Iran :
- Conditions de reprise ou non de la production iranienne.
- Besoins de reconstruction et d’investissement au niveau des autres pays du golfe.
- Discipline en matière de respect des quotas de production de certains pays, et plus particulièrement le Kazakhstan.
- Compétition avec les Emirats Arabes Unis qui ont décidé de sortir de l’OPEP et l’OPEP+, et vont certainement produire au maximum de leurs capacités.
Pour le moment l’Arabie Saoudite est soutenue par la Russie dans sa stratégie de défense des parts de marché, quitte à accepter des réductions de production nécessaires, mais l’Irak n’arrête pas de son coté à contester le niveau de son quota dont elle réclame une révision par rapport à son potentiel de production, et surtout ses besoins budgétaires pour la reconstruction d’un pays qui a énormément souffert d’une instabilité intérieure aggravée maintenant par le conflit USA-Iran.
Il faut rappeler que l’Irak est l’un des cinq pays fondateurs de l’OPEP en 1960. Il possède les cinquièmes réserves prouvées de pétrole au monde, et occupe le 2ème rang de producteur au sein de l’OPEP, aujourd’hui autour de 4 MBJ mais souvent annoncées pouvoir atteindre ou dépasser facilement et rapidement 6 MBJ, grâce aux récents projets en partenariat qui vont entrer en production.
Une chose semble etre sure :
- La nécessité de défendre au maximum le consensus actuel à travers des ajustements progressifs des quotas de production en fonction d’une combinaison intelligente Capacités-Besoins budgétaires-Demande, par rapport à un marché qui va demeurer volatile, autour de 70$.
- Ou bien alors la chute des prix dont le « prix » sera payé par les petits producteurs, et dont l’économie est rentière.



