GUERRE DU GOLFE ET DETROIT D’HORMUZ : POURQUOI LE MARCHE PETROLIER DEMEURE AUSSI VOLATILE PAR RAPPORT AUX CONFLITS PRECEDENTS ?

Abdelmajid AttarIl y a 5 heures
GUERRE DU GOLFE ET DETROIT D’HORMUZ : POURQUOI LE MARCHE PETROLIER DEMEURE AUSSI VOLATILE PAR RAPPORT AUX CONFLITS PRECEDENTS ?

Le retour de la guerre ouverte avec des frappes américaines sur les infrastructures iraniennes, et des représailles iraniennes sur les installations énergétiques des pays du Golfe ou encore tout ce qui bouge au niveau du détroit d’Hormuz, replace le marché pétrolier dans une situation de forte incertitude. Pourtant, contrairement aux crises précédentes, les prix du pétrole ne réagissent plus uniquement à la perte potentielle de production, mais surtout au risque pesant sur les routes maritimes qui assurent l’approvisionnement mondial.

Une évolution atypique des marchés depuis 2022

En 2022, lors du déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, les marchés avaient immédiatement intégré le risque de sanctions contre la Russie, premier exportateur mondial d’hydrocarbures. Le Brent avait alors dépassé les 120 dollars le baril, avant de retomber progressivement grâce à la réorientation des flux commerciaux, à la mobilisation des réserves stratégiques et au ralentissement de la demande mondiale.

La crise actuelle suit une trajectoire différente. Dès les premières tensions dans le Golfe, les marchés avaient anticipé une possible fermeture du détroit d’Hormuz, véritable artère énergétique de la planète par laquelle transite près de 20 % du pétrole mondial et près d’un quart des échanges mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL). Les prix ont immédiatement réagi : le Brent est passé d’environ 72 dollars le baril avant le déclenchement des hostilités à plus de 90 dollars, avec des pointes proches de 100 dollars lors des épisodes les plus critiques. Les prix du gaz naturel liquéfié en Asie et en Europe ont également fortement progressé sous l’effet des craintes sur les exportations qataries. Toutefois, cette flambée est restée moins spectaculaire que celle observée en 2022 après l’invasion de l’Ukraine, lorsque le Brent avait dépassé 130 dollars le baril et que les prix européens du gaz avaient atteint des niveaux historiques. Cette différence s’explique par plusieurs facteurs :

  • Une croissance mondiale aujourd’hui plus faible, notamment en Chine,
  • Une demande pétrolière moins dynamique qu’en 2022,
  • Des stocks stratégiques plus élevés dans les pays consommateurs,
  • Une diversification des approvisionnements engagée depuis la guerre russo-ukrainienne
  • Et, surtout, le fait que les marchés continuent de considérer qu’une fermeture totale et durable du détroit d’Hormuz demeure un risque possible mais non encore avéré.

En d’autres termes, les prix intègrent aujourd’hui une prime de risque géopolitique liée à une éventuelle paralysie sinon un surcout des chaînes logistiques mondiales, plus qu’une baisse de l’offre pétrolière ou gazière.

Ces craintes ont récemment été atténuées par l’ouverture de négociations entre Washington et Téhéran, laissant espérer une désescalade, mais leur échec suivi de la reprise des frappes des deux côtés sur l’ensemble des pays du Golfe, a replacé le risque géopolitique au centre des préoccupations.

Deux passages maritimes concentrent désormais toutes les inquiétudes.

Le premier est le détroit d’Hormuz, indispensable aux exportations de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Koweït, du Qatar, de l’Irak et de l’Iran. Le second est le détroit de Bab el-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge, que les Houthis pourraient perturber, entrainant un impact sérieux sur toute la liaison entre l’Asie, le canal de Suez et l’Europe, obligeant les navires à contourner l’Afrique avec des délais et des coûts de transport plus importants.

Les conséquences seraient particulièrement lourdes pour l’Asie, dont la Chine, premier importateur mondial de pétrole, voit déjà ses achats reculer sous l’effet des difficultés d’approvisionnement et du ralentissement de son économie. Une fermeture prolongée d’Hormuz fragiliserait davantage sa sécurité énergétique, même si Pékin dispose de réserves stratégiques importantes. L’Inde, le Pakistan, le Japon et la Corée du Sud, très dépendants des hydrocarbures du Golfe, seraient encore plus exposés.

L’Europe apparaît aujourd’hui mieux préparée qu’en 2022 grâce à la diversification de ses approvisionnements après la rupture avec la Russie. Toutefois, une perturbation durable des routes maritimes ferait inévitablement grimper les prix du pétrole, du gaz et du transport maritime, avec un impact important en matière d’inflation et de compétitivité de l’industrie européenne.

Trois scénarios peuvent désormais être envisagés :

  • Le premier est celui d’une reprise des négociations, permettant une réouverture rapide d’Hormuz et un retour progressif à la normale.
  • Le deuxième, considéré comme le plus probable, est celui d’une guerre d’usure maritime où les attaques ponctuelles maintiendraient une forte prime de risque sur les marchés sans interrompre totalement les exportations.
  • Le scénario le plus critique serait une fermeture durable d’Hormuz, combinée à des perturbations à Bab el-Mandeb. Cette hypothèse provoquerait un véritable choc énergétique mondial, avec une forte hausse des prix, une inflation renouvelée et un ralentissement de la croissance mondiale.

La volatilité actuelle du marché pétrolier ne s’explique donc plus uniquement par les volumes produits, mais par la vulnérabilité des routes d’approvisionnement. Plus que jamais, la géographie des détroits est devenue le principal déterminant de la sécurité énergétique mondiale. A priori les USA, très probablement sous la pression d’Israël, se sont engagés dans un conflit dont les conséquences en cours en matière de contrôle des productions d’hydrocarbures et des marchés, n’étaient pas prévus, ce qui explique les retournements de position, et aura certainement un impact géopolitique très important à l’échelle mondiale.

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